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02 September 2015

“L’Abîme te dévisage” – Entrevue avec David Atman

La Tragédie c’est tout un univers. Souvent, on se demande d’où peuvent bien sortir toutes ces idées.
On se demande aussi parfois: « mais qu’est-ce que tout ça peut bien vouloir dire? ». Les textes sont remplis de métaphores, plus obscures les unes que les autres. Question d’en savoir un peu plus sur « Hiver forcé » la 4ème pièce de l’album, on « dévisage » David pour lui soutirer quelques éclaircissements.

NIKA : Le froid, la neige, l’hiver sont des thèmes centraux dans l’imaginaire de l’album « À toi de voir ». Pourquoi?

DAVID : L’hiver est un thème majeur dans tout l’imaginaire québécois (le cinéma, la peinture, la littérature…). En fait, c’est probablement l’une des seules choses que nous avons en commun avec les Russes; Dostoïevski, Nabokov, Tchekhov, Réjean Ducharme, Anne Hébert, Gaston Miron, même combat. Les premiers artistes de Nouvelle-France utilisaient déjà les métaphores de l’hiver dans leurs contes et légendes, il n’y a donc rien de nouveau ici. Je tente seulement de faire croître la tradition, mais à la sauce du 21è siècle, avec ma propre vision et mes questionnements.

NIKA : Dans quel contexte le texte de ta chanson « Hiver forcé » fut-il écrit?

DAVID : Lors de l’écriture de cette chanson, nous sommes au Québec, à l’hiver 2015, et il fait froid. Partout. Tout le temps. L’hiver est forcé parce qu’il nous est impossible d’y échapper. On tombe parce qu’il n’y a aucune autre option, nulle part où aller. On tombe dans l’abîme parce qu’on ne peut plus monter au sommet de la montagne des conditions sociales, car certains nous y en empêchent. Voilà donc ce que représente ici la métaphore de l’hiver.

Dans « l’Hiver de Force », l’un des romans les plus importants de la littérature québécoise, écrit en 1973; Réjean Ducharme écrit :

 L'hiver va commencer, une dernière fois, une fois pour toutes, l'hiver de force (comme la camisole), la saison où on reste enfermé dans sa chambre parce qu'on est vieux et qu'on a peur d'attraper du mal dehors. 

Ce texte annonçait déjà le début de l’ère postmoderne dans le Québec froid de « Ah comme la neige a neigé » de Nelligan ou le « Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver » de Vigneault. Sans avoir été directement influencé par le roman de Ducharme pour écrire la chanson, à travers son titre, ma référence est claire, nette et précise.

De plus, « L’Ère du Vide » un essai québécois tout aussi important écrit dans les années 90 par Gilles Lipovestski fut également une source d’inspiration. Ici, l’auteur tente d’expliquer les nouvelles formes et tendances des individus modernes vidés de leur essence.

Lorsqu’il fera trop froid pour écrire ou se questionner sur notre condition d’homme et de femme du 21è siècle, et bien il fera de plus en plus froid. « L’Hiver Forcé » est donc une chanson nihiliste qui peint un constat désolant sur notre façon de vivre.

NIKA : Et musicalement, comment « L’Hiver Forcé » a-t-elle été construite?

La chanson « L’Hiver Forcé » est notre première et la seule pour l’instant où les guitares sont accordées dans un mode non-standard. Son texte est aussi le plus court de l’album « À toi de voir ». Ça laisse sous-entendre que le personnage de la pièce a perdu son combat contre l’hiver. Impossible d’écrire et de s’exprimer davantage avec ce froid de canard qui rugit dehors.

Le violon amène pour sa part une petite dose de chaleur et de réconfort avec des sonorités à mi-chemin entre la musique japonaise et moyen-orientale. Toutes nations, toutes cultures possèdent son lot d’obligations et de choix moraux forcés qui empêchent l’individu de faire à sa tête, d’aller là où il le souhaite, d’être totalement libre. Au Québec, toutes ces conditions sont ici réunies sous la thématique du froid et de l’hiver.

L’Hiver forcé
Textes : David Atman
Musique et arrangements : La Tragédie

« L’Hiver Forcé » est la 4ème pièce de l’album « À toi de voir ». Pour te procurer la chanson avec les paroles c’est ici ————– et pour l’album complet ————–

On remarque ici que les mélodies sont souvent répétées et continuelles, mais la cadence est brisée. Des temps sont rajoutés, ou supprimés. La mesure est instable, parfois presque abstraite. Tout ça pour empêcher la fluidité. La marche dans le froid ne se fait pas sans douleur ni d’un pas assuré. Malgré toute cette lourdeur et cette incertitude, « L’Hiver Forcé » est l’une de nos chansons les plus plaisantes et intenses à jouer en concert.

Le poème intitulé « Et Tombe », récité en plein centre de la chanson, amène tout de même un peu
d’espoir et redonne un certain pouvoir à l’individu face à son manque de liberté.

Grandira qui voudra et tombera qui n'essaiera pas.

Nika
Violoniste
La Tragédie

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